Créé en 2021 par le ministère du Travail, de la Santé et des Solidarités et Inria, le LaborIA est un programme de recherche-action visant à étudier les impacts de l’Intelligence Artificielle (IA) sur le travail, l’emploi et les compétences. L’étude exploratoire menée pendant deux ans par l’institut Matrice, spécialisé dans l’analyse des effets sociaux de l’IA, a permis au LaborIA « Explorer » de dévoiler des résultats inédits sur les interactions entre les humains et les machines, ainsi que sur les défis de l’appropriation de l’IA dans le monde professionnel, tout en proposant des recommandations.
I) Les moments clés des deux années de recherche : faits importants
De quelle manière l’intelligence artificielle impacte-t-elle les professions et les structures organisationnelles ? Quelles relations les individus entretiennent-ils avec les systèmes d’IA au travail ? Quels dangers liés à l’implémentation sur le terrain sont associés à ces technologies ? Et quelles sont les conditions nécessaires à l’avènement d’une IA « capacitante », c’est-à-dire une IA qui vient enrichir ou renforcer les compétences humaines, pour les travailleurs et les établissements professionnels ?
1 : Le lancement de l’IA : le début d’une évolution progressive
L’intégration de l’intelligence artificielle dans les structures organisationnelles marque le commencement d’un processus évolutif constant. Les interactions entre les humains et les machines requièrent des phases d’apprentissage prolongées et imprévisibles, et les individus doivent non seulement utiliser les systèmes dotés d’IA, mais aussi participer à leur maintenance, à leur amélioration et à leur surveillance.
2 : Un conflit de rationalité entre la logique managériale et la réalité du travail
Le déploiement des systèmes d’IA crée des tensions entre la rationalité des gestionnaires et décideurs, axée sur l’optimisation des processus et la productivité, et la réalité du travail des employés. Ces derniers s’interrogent sur la reconnaissance, l’autonomie et le sens de leur travail face à ces évolutions. Ce « conflit de rationalité » peut engendrer des difficultés pour les travailleurs s’il n’est pas résolu par un compromis entre toutes les parties. En revanche, un compromis réussi peut conduire à des configurations qualifiées de « capacitantes ».
3 : L’Intelligence Artificielle : un bouleversement dans l’organisation du travail et le domaine du management
L’introduction de l’Intelligence Artificielle entraîne une reconfiguration des postes, des compétences nécessaires et des pratiques de management. Les recherches menées révèlent notamment des interrogations sur le rôle des managers intermédiaires et le risque de polarisation du travail. Parallèlement, l’organisation du travail influence l’adoption et l’utilisation de l’IA. Les structures hiérarchiques et centralisées intègrent l’IA de manière différente des environnements plus autonomes.
II) Propositions pratiques pour favoriser un dialogue social et technologique
Les conclusions du LaborIA Explorer suggèrent des recommandations pour faciliter le dialogue social et technologique en faveur de l’adoption d’une approche « capacitante » des systèmes d’IA dans le milieu professionnel :
- Mettre l’accent sur le travail réel pour définir le rôle et l’impact des IA ;
- Assurer la co-conception des systèmes intégrant l’IA et maintenir un dialogue continu ;
- Utiliser l’IA pour renforcer la sécurité des travailleurs ;
- Rendre les systèmes d’IA « explicables » afin que les décideurs et les utilisateurs puissent comprendre leur fonctionnement et leur faire confiance ;
- Accepter l’imprévisibilité des perturbations provoquées par l’IA et apprendre au fur et à mesure.
Ces recommandations ont déjà été soumises à l’ensemble des partenaires sociaux lors du Comité exécutif élargi du LaborIA, soulignant ainsi l’importance du dialogue social dans le cadre du programme.
III) Une méthode novatrice pour appréhender les interactions professionnelles avec l’IA
Une étude basée sur des questionnaires a été menée auprès de dirigeants d’entreprises, tandis qu’une série d’enquêtes sur le terrain a permis d’observer et d’échanger avec les professionnels pour décrire et évaluer les situations de travail. Ces investigations ont recueilli les points de vue variés des parties prenantes (dirigeants, concepteurs, ingénieurs et employés) au sein de diverses organisations (entreprises privées, administrations, institutions publiques). L’intégration de l’IA dans une activité ou un environnement de travail impacte la reconnaissance, l’autonomie, les compétences professionnelles, les interactions humaines, la responsabilité et le niveau de surveillance. Au-delà des discussions sur l’automatisation potentielle des emplois, l’expérience au travail est au cœur des préoccupations du LaborIA Explorer.
source : inria.fr
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